A Monsieur LI
BAODONG,
Président du
Conseil de Sécurité des Nations Unies
One United Nations Plaza
N.Y.10017
New York
Objet : Situation sécuritaire dans l’Est de la RD Congo
Monsieur le
Président du Conseil,
J’ai l’honneur
de vous tenir informé de la détérioration de la situation sécuritaire dans la
Province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo.
En effet, le 30
avril 2012, une mutinerie a éclaté dans trois unités des Forces Armées de la
République Démocratique du Congo (FARDC) au Nord et au Sud-Kivu. Conduite par
leur ancien chef, Bosco Ntaganda, d’anciens membres du groupe armé CNDP,
intégrés dans l’armée, suite aux Accords de Paix signés à Goma en 2009,
venaient de déserter pour tenter de lancer une nouvelle rébellion armée.
Mis en déroute
par les FARDC, ces éléments, à peine quelques centaines sur plus de 4.000 qui
avaient été intégrés ont fui vers le Parc National de Virunga où ils sont allés
s’adosser à la frontière rwandaise, dans un réduit de 4 km² au plus, situé
entre les collines de Runyonyi, Mbuzi et Tshianzu.
Dans une vaine
tentative de donner un caractère politique à ce qui, en fait, n’est qu’une
fuite en avant devant l’étau de la justice qui commençait à se resserrer sur
Bosco Ntaganda pour les crimes qu’il avait commis sous l’UPC en Ituri, les mutins
tentent astucieusement de se donner une nouvelle identité en rebaptisant leur
mouvement M23.
Le soubassement
de leur action n’a cependant rien à voir avec des engagements souscrits en 2009
et que le Gouvernement congolais n’aurait pas honorés.
Le Gouvernement
de la République Démocratique du Congo est préoccupé par la tournure que prend
la situation, d’autant plus que cette mutinerie a provoqué le déplacement de
milliers de familles congolaises, engendrant une nouvelle crise humanitaire.
Le Gouvernement voudrait
attirer l’attention du Conseil de sécurité sur le fait que des informations en
provenance de sources variées, mais concordantes, font été de soutiens dont
bénéficieraient les mutins à partir du Rwanda et de l’existence d’une filière
de recrutement de combattants dans ce pays voisin, membre, comme la République
Démocratique du Congo de l’Union Africaine (UA), de la Communauté Economique
des Pays des Grands Lacs (CEPGL) et de la Conférence internationale sur la
Région des Grands Lacs (CIRGL), en contravention de tous les instruments
juridiques librement souscrits par les deux pays dans le cadre de ces
organisations, et des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité.
Le Gouvernement
de la République, tenant compte de la gravité des faits, s’était donné le temps
de les corroborer avec ses propres sources. Une enquête avait donc été
diligentée pendant qu’étaient mis en œuvre, parallèlement, les mécanismes
conjoints institués il y a quelques années par la République Démocratique du
Congo et le Rwanda à l’effet de vérifier ensemble lesdits faits sur terrain.
Aujourd’hui, les
conclusions des enquêtes et mécanismes conjoints permettent d’affirmer ce qui
suit :
1. parmi les mutins se sont trouvés quelques
200 à 300 éléments recrutés sur le territoire du Rwanda par un réseau actif
dans ce pays voisin;
2. plusieurs combattants ainsi recrutés sont
des ressortissants rwandais, infiltrés en République Démocratique du Congo. Ils
ont subi un entraînement sommaire avant d’être déployés au front contre les
FARDC;
3. il y a des mineurs d’âge et des très
jeunes gens parmi eux;
4. alors que dans leur fuite, les mutins
avaient abandonné tout leur armement, soit 38 tonnes, récupérés par les FARDC,
il a été noté un décuplement de leur puissance de feu dès leur arrivée dans le
triangle Runyonyi-Tshianzu-Mbuzi accoté à la ligne frontalière entre la
République Démocratique du Congo et le Rwanda.
5. des alliances contre nature se sont
établies. A titre d’exemple, les FDLR, dont certains avaient été rapatriés au
Rwanda par la MONUSCO ont rejoint les rangs des mutins, comme en témoigne leur
capture sur le front.
De ce qui
précède, il ressort que le territoire rwandais a servi à la préparation et à la
perpétration d’une conspiration qui, après avoir commencé comme une simple mutinerie,
évolue dangereusement vers un schéma de rupture de la paix entre deux pays de
la Région des Grands Lacs, remettant en cause les progrès accomplis en ce
domaine depuis 2009.
Aussi, le
Gouvernement de la République Démocratique du Congo demande-t-il instamment au
Conseil de Sécurité de :
1) condamner la nouvelle tentative de
rébellion menée par les ex-éléments du CNDP rebaptisé ;
2) réaffirmer l’intangibilité de la
souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de la République
Démocratique du Congo;
3) condamner les exactions et les violations
des droits humains et du droit international humanitaire, y compris les
déplacements des populations, dont sont victimes les populations congolaises
des Provinces du Kivu et en rendre responsables les éléments de M23;
4) condamner le soutien extérieur dont le M23
bénéficie et tenir ceux qui le lui apportent solidairement responsables de tous
les actes répréhensibles commis par ce mouvement;
5) rappeler le Rwanda à ses obligations
internationales et exiger le retrait immédiat et sans conditions des membres de
ses forces armées qui se dissimileraient dans les rangs de la rébellion;
6) prendre ses responsabilités au regard des
dispositions pertinentes de la Charte des Nations Unies et des résolutions du
Conseil de sécurité, pour mettre un terme à tout soutien extérieur aux mutins;
7) prendre toutes les mesures idoines pour
mettre un terme à l’activité de toutes les forces négatives, y compris les
FDLR, le CNDP et le M23.
Je saisis cette
occasion pour redire, au nom du Gouvernement de la République Démocratique du
Congo combien nous apprécions le partenariat efficace qui s’est établi sur le
terrain entre les FARDC et la force de la MON USCO et saluer, tout
particulièrement, le rôle joué par la MONUSCO dans la protection des
populations civiles et en appui aux FARDC.
Je vous prie de
bien vouloir faire circuler la présence lettre comme document officiel du
Conseil de sécurité et vous informe avoir transmis une lettre identique au
Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies.
Veuillez agréer,
Monsieur le Président du Conseil, l’assurance de ma considération distinguée.
Raymond Tshibanda N’Tungamulongo
source:
7sur7.cd/index.php?option=com_content&view=article&id=34222:-affaire-des-mutins-du-m23--la-rdc-accuse-le-rwanda-au-conseil-de-securite-&catid=24:le-phare